CHAPITRE QUARANTE-SEPT
« Merci d’avoir trouvé aussi vite une place dans votre emploi du temps, monsieur le ministre », dit Sir Lyman Carmichael quand la secrétaire personnelle de Marcelito Lorenzo Roelas y Valiente, le ministre des Affaires étrangères, le fit entrer dans l’incroyable bureau.
Un bureau aussi grand qu’un terrain de basket-ball, songea Carmichael avec une nette amertume… et sans guère exagérer. Ce qui, étant donné que les tarifs de l’immobilier dans la Vieille Chicago, la capitale de la Ligue solarienne, étaient presque à coup sûr les plus élevés de toute la galaxie explorée, faisait de la pièce une ostentatoire proclamation du statut de son occupant.
Bien sûr, se rappela-t-il, statut et pouvoir ne sont pas tout à fait la même chose, hein ? Surtout ici, dans la Ligue.
« Ma foi, votre affaire m’a paru assez urgente, monsieur l’ambassadeur, répondit Roelas y Valiente en se levant derrière sa table de travail – pas plus vaste qu’un aérodyne moyen –, la main tendue.
— Oui, je le crains. Assez urgente, je veux dire », fit Carmichael en la lui serrant.
Le ministre permit à son expression bien entraînée de montrer une pointe d’inquiétude puis désigna à son invité un des deux fauteuils disponibles.
« En ce cas, mettez-vous à l’aise, je vous prie, et dites-moi tout.
— Merci, monsieur le ministre. »
La voix de Carmichael était un peu plus chaleureuse qu’elle n’eût été en présence de tout autre membre primordial du gouvernement Gyulay.
Roelas y Valiente était le plus jeune collaborateur du Premier ministre Shona Gyulay – encore moins de soixante ans, ce qui le faisait de trente ans le cadet de Carmichael – et, au contraire de la plupart de ses collègues, il estimait devoir remplir correctement ses fonctions – une surprise agréable et inattendue au sein de la Ligue solarienne. Il semblait aussi raisonnablement compétent, ce qui (de l’avis éclairé de Sir Lyman Carmichael) était une surprise encore plus grande chez un politicien de haut niveau de la Ligue.
Il était regrettable qu’un homme doué de ces deux vertus fût aussi prisonnier des limites de sa charge que le plus stupide et le plus corrompu des démagogues. Il y avait des moments où Carmichael, lui-même bureaucrate (disons « fonctionnaire de carrière », si cela sonnait mieux), éprouvait une certaine jalousie de ses homologues solariens. Au moins, ils ne redoutaient pas qu’un sinistre bouffon (comme, par exemple, un certain baron de Haute-Crête et ses séides) pousse assez d’électeurs à partager ses fantasmes de compétence au point de le hisser au pouvoir. Certains événements étaient plus probables que d’autres, mais qu’un simple élu exerce un authentique pouvoir au niveau fédéral dans la Ligue solarienne l’était autant que de voir un fleuve décider soudain de couler vers sa source sans l’aide de l’antigravité.
Par ailleurs, malgré les fantasmes saugrenus que s’autorisait parfois Carmichael, c’était la vraie raison pour laquelle un Josef Byng pouvait atteindre un grade d’officier général ou un Lorcan Verrochio devenir commissaire à la Direction de la sécurité aux frontières. Quand aucun « sinistre bouffon » ne peut se voir confier un véritable pouvoir par l’électorat, personne d’autre ne le peut. Et quand ceux qui exercent le véritable pouvoir n’ont pas de comptes à rendre aux électeurs, ils ne peuvent pas non plus se le faire retirer. Les conséquences de cette situation sont la construction débridée d’empires, la corruption et l’absence de responsabilité, toutes aussi inévitables que le lever du soleil. Bureaucrate lui-même ou pas, Sir Lyman Carmichael savait bien quel système il préférait.
Hélas ! ce n’était pas le système qu’avait créé la Constitution solarienne – ce dont, il n’en doutait pas, Roelas y Valiente était encore plus conscient que lui. Les auteurs de la Constitution représentaient des dizaines de systèmes stellaires habités, occupés dans leur totalité. Certains avaient été colonisés mille ans avant la création de la Ligue. Tous avaient reconnu les avantages, à l’ère interstellaire, de réglementer le commerce, de créer une monnaie unique, de monter des agences efficaces pour garder l’œil sur les finances et les investissements, de combiner leurs efforts pour extrader les criminels, combattre la piraterie et faire respecter l’Édit éridanien ou les accords de Deneb. Mais ils avaient eu tout un millénaire de gouvernement indépendant pour développer leur sens de l’identité planétaire et systémique. Leur loyauté première allait à leur propre monde, pas à une espèce de nouveau gouvernement galactique, et aucun n’était prêt à abdiquer sa souveraineté ni son identité rudement gagnées en faveur de quiconque – fût-ce la planète mère de toute l’humanité – juste pour créer un climat de réglementation plus efficace. Ils avaient donc pris soin de rédiger une Constitution privant le gouvernement fédéral de tout pouvoir coercitif. Ils l’avaient éviscéré du pouvoir politique en accordant à chaque membre de la Ligue un droit de veto. N’importe quel système stellaire pouvait interdire tout acte législatif avec lequel il était en désaccord, ce qui avait changé l’Assemblée en une société des débats. La même Constitution interdisait à la Ligue d’imposer aucun impôt direct à ses citoyens.
L’intention était de fournir aux systèmes stellaires membres la possibilité de se protéger d’une autorité centrale despotique, d’une part, et de priver les bras potentiellement coercitifs de cette autorité centrale des dons qui lui permettraient de limiter les droits des citoyens de la Ligue, d’autre part.
Par malheur, la loi des conséquences imprévues avait refusé de se laisser contourner. Le droit de veto universel avait certes refusé le pouvoir politique à la Ligue, mais ce succès même créait un vide dangereux. Pour que la Ligue survive, encore plus pour qu’elle rende les services envisagés par ses créateurs, un pouvoir central était nécessaire afin de gérer l’administration. C’était en fait un choix très simple, se disait Carmichael. Soit un pouvoir central émergeait, soit la Ligue cessait tout bonnement de fonctionner. Puisque les Solariens avaient exclu de la régir par la loi, ils devaient user d’une réglementation bureaucratique.
Et cela marchait. En effet, les bureaucraties étaient devenues autodirigées et, durant un long moment – un siècle ou deux –, elles n’avaient pas seulement fonctionné efficacement mais aussi peu ou prou honnêtement. Hélas ! leurs dirigeants avaient découvert une omission intéressante dans la Constitution : les actes de l’Assemblée pouvaient être annulés par n’importe quel système membre, si bien que le despotisme par la législation était impossible, mais rien n’était en revanche prévu pour annuler des règlements. Il aurait pour cela fallu créer un poste ou une instance ayant le pouvoir de rejeter et de modifier ces derniers, or les bureaucrates avaient bien trop d’amis et de « relations particulières » confortables pour que cela se produisît jamais. Et, si le gouvernement fédéral ne pouvait prendre des mesures de taxation directe, aucun article de la Constitution n’interdisait les honoraires de gestion ou les impôts indirects – imposés par un règlement, pas par une loi – sur les entreprises et le commerce interstellaire. Certes, tous les fonds fédéraux de la Ligue réunis constituaient un pourcentage infime du produit interstellaire brut solarien mais, compte tenu du volume impressionnant du PIB en question, même un minuscule pourcentage représentait dans l’absolu une extraordinaire masse d’argent.
Il y avait eu d’authentiques tentatives de réforme politique, mais les bureaucrates qui rédigeaient les règlements, qui géraient les nominations et la distribution des dépenses, avaient toujours trouvé quelqu’un pour poser son veto afin de tuer ces efforts dans l’œuf. Toujours pour des raisons d’État purement altruistes et désintéressées, bien sûr.
Il y avait néanmoins des apparences à maintenir dans ce théâtre de kabuki qui passait pour le gouvernement de la Ligue solarienne. Carmichael le savait, mais ce qu’il était sur le point d’infliger à ce Solarien en particulier lui inspirait un indéniable regret.
« Pardon, monsieur l’ambassadeur, dit Roelas y Valiente alors que le Manticorien posait son traditionnel et anachronique porte-documents sur ses genoux. J’ai complètement oublié de vous offrir un rafraîchissement.
— Ce n’est pas nécessaire, monsieur le ministre. »
Carmichael secoua la tête avec un sourire appréciateur. Une bonne partie des collègues du ministre, il le soupçonnait, auraient « oublié » de faire une telle offre à un ambassadeur néobarbare, quelles que fussent la richesse et la puissance commerciale de sa nation stellaire. Dans le cas de Roelas y Valiente, toutefois, cet oubli était authentique. Il était assez rafraîchissant, vraiment, de traiter avec un important politicien solarien qui ne semblait pas se croire obligé de remettre les « néobarbares » à leur place par tous les moyens. Ce qui ne faisait qu’ajouter aux regrets du Manticorien.
Comme Roelas y Valiente acquiesçait devant son refus poli et se rasseyait, Carmichael ouvrit le porte-documents pour en sortir un classeur de puces informatiques ainsi qu’une enveloppe d’épais parchemin crème portant les armes du Royaume stellaire de Manticore et le sceau de cire archaïque requis. Il les garda en main un moment, les fixant. L’enveloppe était plus lourde que le classeur, bien qu’elle ne contînt pas plus de deux ou trois feuilles de papier, et il se surprit à se demander pourquoi, au nom de la Galaxie, la diplomatie de haut niveau continuait de prescrire l’échange physique de documents imprimés. Puisque le contenu en était toujours transmis électroniquement au même moment, et puisque nul ne se souciait de lire les copies sur papier (sauf, peut-être, aux plus hauts niveaux, lors de leur remise initiale – et il était déplorablement gauche pour un ministre de déchirer une enveloppe et d’en lire le contenu devant un ambassadeur, de toute façon), pourquoi diable faisait-on l’effort de les envoyer ?
C’était une question qu’il s’était posée plus d’une fois depuis un demi-siècle T qu’il servait au sein du corps diplomatique de Manticore. Une question qui avait pris plus d’importance dans ses activités depuis sept mois T que l’assassinat de l’amiral James Webster l’avait fait ambassadeur manticorien auprès de la Ligue. Il y avait eu plus qu’assez de correspondance diplomatique (quoique, pour être juste, l’essentiel en eût été échangé à un niveau bien plus bas que celui-ci) depuis la bataille de Monica. Surtout après les découvertes manticoriennes quant à l’implication de Manpower et de Technodyne dans le Quadrant de Talbot. Roelas y Valiente s’attendait sans aucun doute à aborder ce sujet même et, malgré son aimable air attentif, il ne pouvait avoir hâte d’en arriver là. Carmichael, toutefois, aurait sincèrement voulu que « ce sujet même » fût tout ce dont il devait parler au ministre des Affaires étrangères. Hélas !…
« Je crains d’être venu vous voir en raison d’une question très grave, monsieur le ministre, dit-il sur un ton bien plus officiel. Il s’est produit un incident – un incident extrêmement grave – entre les forces armées de Sa Majesté et la Flotte solarienne. »
L’expression polie de Roelas y Valiente se changea aussitôt en un masque impénétrable, mais tout de même pas assez vite pour qu’un diplomate aussi expérimenté que Carmichael ignorât le choc – et la stupéfaction – qui avait d’abord flamboyé dans ses yeux.
« Ceci contient les données de capteurs complètes de ce qui s’est passé, continua l’ambassadeur en désignant le classeur de puces. À la demande de monsieur Langtry, ministre des Affaires étrangères, je les ai étudiées avec l’aide du capitaine De Angelo, mon attaché spatial. Quoique je sois bien moins qualifié en cette matière que ne l’était l’amiral Webster – ou d’ailleurs que le capitaine De Angelo –, je pense qu’elles dépeignent clairement la situation antérieure, le déroulement des événements et leur résolution. »
Il marqua une pause d’un instant, laissant ce qu’il venait de dire faire son chemin, puis il prit une profonde inspiration.
« Monsieur le ministre, enchaîna-t-il lentement, je crains que nous n’affrontions la probabilité d’une confrontation militaire directe entre la Ligue solarienne et l’Empire stellaire de Manticore. En fait, il serait plus exact de dire que c’est déjà fait. »
Malgré les efforts de Roelas y Valiente, ses muscles faciaux tressautèrent et ses narines s’évasèrent. En dehors de cela, toutefois, son fauteuil aurait aussi bien pu être occupé par une statue de marbre.
« Il y a un petit peu moins d’un mois, le 21 octobre, continua Carmichael, dans le système de Nouvelle-Toscane, trois contre-torpilleurs manticoriens…»
« Nom de Dieu, marmonna Innokentiy Arsenovitch Kolokoltsov en réprimant l’envie de chiffonner son exemplaire de la dépêche manticorienne officielle. À quoi pensait donc ce satané imbécile ?
— Lequel ? interrogea sèchement Nathan MacArtney. Byng ? Vézien ? Ce clown de Manticorien – comment s’appelait-il ? Chatterjee ou quelque chose comme ça ? Ou bien un des autres abrutis manticoriens qui ont contribué à nous balancer un truc pareil ?
— N’importe lequel ! Tous ! » Kolokoltsov grimaça. Il fixa le message d’un regard incandescent durant quelques secondes encore puis le jeta avec fureur – et mépris – sur le bureau du troisième membre de leur petit groupe.
« J’admets qu’aucun ne s’est à proprement parler couvert de gloire, observa Omosupe Quartermain avec une moue, tout en ramassant la dépêche comme si Kolokoltsov avait déposé au milieu de son sous-main un rongeur mort depuis plusieurs jours, mais je n’aurais pas cru même les Manties assez stupides pour nous imposer une situation pareille.
— Et pourquoi pas ? demanda Malachai Abruzzi, une grimace encore plus dégoûtée sur le visage. Ça fait des années qu’ils deviennent petit à petit plus hautains – depuis qu’ils ont extorqué ce putain d’embargo technologique contre Havre à vos services, Omosupe. »
Quartermain lui lança un coup d’œil brûlant mais ne contesta pas son analyse. Nul ne le fit.
Kolokoltsov, lui, se forçait à considérer la situation aussi froidement que possible.
Aucune des quatre personnes présentes dans le bureau de Quartermain ne s’était jamais présentée à une élection, mais elles formaient le véritable gouvernement de la Ligue solarienne et elles le savaient. Kolokoltsov était le premier sous-secrétaire permanent aux Affaires étrangères, MacArtney le premier sous-secrétaire permanent à l’Intérieur, Quartermain la première sous-secrétaire permanente au Commerce, et Abruzzi le premier sous-secrétaire permanent à l’Information. Le seul absent du quintette qui dominait la bureaucratie tentaculaire de la Ligue était Agatá Wodoslawski, première sous-secrétaire permanente aux Finances et, pour l’heure, représentante de la Ligue à une conférence en Beowulf. Eût-elle été présente qu’elle eût sans aucun doute exprimé son dégoût avec autant de véhémence que ses collègues, et il était tout aussi certain qu’elle serait furieuse d’avoir manqué cette réunion, se dit Kolokoltsov.
Hélas ! il lui faudrait s’accommoder de ce qu’auraient décidé les quatre autres en son absence. Et ils allaient bien devoir prendre une décision, songea-t-il avec aigreur. C’était là leur travail, puisque – comme le savait toute personne bien informée, et quoi que pût s’imaginer le bienheureux électorat – c’étaient eux cinq qui dirigeaient dans les faits la Ligue solarienne… Les politiciens allaient et venaient, se succédant en un jeu d’ombres sans cesse changeant, dont l’unique fonction était de déguiser le fait que les électeurs avaient sur la politique de la Ligue une influence minime, voire nulle.
À certains moments, quoi qu’ils fussent très rares, Kolokoltsov le regrettait presque – presque. L’inverse aurait été peu favorable au style de vie auquel il était habitué, bien sûr, les conséquences très graves pour sa fortune personnelle et celle de sa famille. Toutefois, il aurait apprécié d’appartenir à une structure gouvernementale dotée d’une autorité directe, avouée, plutôt que de rôder dans l’ombre. Même une ombre extrêmement lucrative et luxuriante.
« Très bien, dit-il avec un léger mouvement d’épaules qui n’était pas tout à fait un haussement, nous sommes tous d’accord pour dire que ce sont des imbéciles. La question est : qu’est-ce qu’on peut y faire ?
— Est-ce qu’on ne devrait pas faire venir Rajampet – ou au moins Kingsford – pour discuter de ça ? demanda MacArtney.
— Rajampet n’est pas disponible, répondit Kolokoltsov. Pas pour une réunion face à face, en tout cas. Vous avez vraiment envie de discuter de ça électroniquement, Nathan ?
— Non, répondit MacArtney, pensif. Non, je ne crois pas, Innokentiy.
— C’est bien ce que je pensais. » Kolokoltsov eut un mince sourire. « On pourrait sans doute faire venir Kingsford si on le voulait vraiment mais, vu les liens étroits qu’entretiennent toutes ces « premières familles de la Flotte de guerre », il a peu de chances de se conduire en expert désintéressé. Par ailleurs, que croyez-vous qu’il pourrait nous apporter, à ce stade, que nous n’ayons pas déjà reçu de ces satanés Manties ? »
MacArtney grimaça pour montrer qu’il comprenait. Les autres aussi, quoique Quartermain parût encore plus dépitée que la moyenne. Elle avait travaillé vingt ans T pour l’entreprise Kalokaïnos avant de s’intégrer dans la bureaucratie fédérale. Ses collègues avaient passé toute leur vie professionnelle à gérer un flux d’informations souvent arthritique sur des distances interstellaires, et tous n’avaient que trop l’expérience d’attendre que rapports et dépêches parviennent tels des escargots à la planète capitale de la Ligue. Les enjeux étaient différents pour Quartermain, surtout en l’occurrence. Son expérience du secteur privé et ses actuelles responsabilités dans le secteur public l’avaient souvent confrontée à l’emprise du Royaume stellaire de Manticore sur le réseau du trou de ver qui transportait données et denrées à travers la Galaxie. Elle connaissait mieux que les autres les conséquences de cette domination qui impliquait Manticore dans les communications et les transports commerciaux de la Ligue, et elle n’aimait pas cela du tout.
Cette fois, cependant, tous étaient désagréablement conscients du fait que les messages des représentants solariens au voisinage du Quadrant de Talbot mettraient encore longtemps à les atteindre. Pour le moment, ils ne disposaient donc que de la dépêche et des données de capteurs fournies par les Manties.
« Et quel crédit devons-nous accorder à ce qu’ils disent ? demanda Quartermain, amère, comme si elle avait suivi les pensées de Kolokoltsov.
— Ne soyons pas paranos, Omosupe », dit Abruzzi. Comme il s’attirait un regard noir, il haussa les épaules. « Je ne dis pas que je les crois incapables de… triturer les informations. Mais ce ne sont pas vraiment des imbéciles, vous savez. Des fous, peut-être, s’ils pensent vraiment ce qu’ils disent dans cette note, mais pas des imbéciles. Tôt ou tard, nous aurons accès aux données de Byng. Vous le savez et eux aussi. Croyez-vous qu’ils falsifieraient celles qu’ils nous fournissent en sachant que nous finirons par les confronter à nos propres sources ?
— Et comment ! rétorqua Quartermain, son visage au teint sombre crispé par une intense antipathie. Je ne devrais pas avoir besoin de vous le dire, Malachai ! Vous savez mieux que quiconque combien la manipulation d’une situation politique dépend de la manière dont on présente l’information au public.
— Tout à fait », acquiesça-t-il. Sa fonction faisait de lui le chef de la Propagande de la Ligue et, en son temps, il avait lui-même manipulé bon nombre d’informations. « Mais les Manties le savent aussi, à moins que vous ne suggériez qu’ils ne se sont pas bâti des relations publiques très efficaces ici même, sur la Vieille Terre ? Et ne parlons même pas de leurs contacts en Beowulf.
— Et alors ? demanda Quartermain.
— Alors ils ne sont pas assez bêtes pour nous communiquer des informations dont on pourrait prouver la fausseté, dit-il avec une patience exagérée. Il est assez simple de fournir des données choisies, surtout pour une campagne de relations publiques, et je suis sûr qu’ils ne l’ignorent pas. Mais, d’après Innokentiy, ils ont envoyé la totalité des documents des capteurs, du début à la fin, et le compte rendu complet de la communication de Byng avec leurs contre-torpilleurs lors de leur arrivée en Nouvelle-Toscane. Ils n’auraient pas agi ainsi s’ils ne savaient pas que nos propres archives de capteurs et journaux de com finiront par confirmer ces informations. Pas alors qu’elles seront susceptibles d’être transmises à la presse.
— Sans doute pas, acquiesça MacArtney. D’ailleurs, c’est un des aspects de la situation qui m’inquiètent le plus, Malachai.
— Quoi donc ?
— Le fait qu’ils n’aient pas déjà communiqué ça à la presse. Leur message prouve qu’ils sont furieux – et, franchement, si les données sont exactes, je le serais aussi à leur place. Pourquoi ne pas aller trouver les médias pour nous mettre la pression ?
— À mon avis, dit Kolokoltsov, qu’ils ne l’aient pas fait est le seul vague signe d’espoir dans tout ce bordel. Aussi furieuse que puisse paraître leur note, ils font de gros efforts pour éviter d’envenimer encore la situation.
— Vous avez sans doute raison, admit Abruzzi. Bien sûr, la question est de savoir pourquoi.
— Ah ! » Quartermain renifla sèchement. « Je crois que c’est assez simple, Malachai. Ils accusent un amiral de la FLS d’avoir détruit leurs vaisseaux ; ils exigent des explications, un aveu de culpabilité et – au moins implicitement – des réparations. Ils ne voudront pas faire de publicité à un truc pareil.
— Pour des gens qui ne veulent pas faire de publicité, ils semblent tout disposés à nous provoquer, remarqua MacArtney. À moins que vous n’ayez manqué le passage concernant l’amiral qu’ils envoient en Nouvelle-Toscane.
— Je ne l’ai pas manqué, Nathan. » Quartermain et lui ne s’étaient jamais vraiment appréciés et le sourire qu’elle lui lança était assez fin pour lui trancher la gorge. « Mais j’ai vu aussi qu’ils n’envoient que six de leurs croiseurs de combat, alors que Byng en a treize. Les croyez-vous sincèrement assez bêtes pour croire qu’un officier général solarien se rendra docilement à une force aussi inférieure en nombre ? »
Elle renifla encore, plus sèchement, tandis que MacArtney secouait la tête.
« Je n’en sais rien, Omosupe. Toutefois, le seul fait qu’ils envoient un de leurs amiraux délivrer ce qui est clairement un ordre, pas une requête, à une force d’intervention solarienne va augmenter les enjeux à tous points de vue. Byng ayant déjà tiré sur leurs vaisseaux, s’ils en expédient d’autres pour lui présenter des exigences, c’est qu’ils sont prêts à l’escalade. À un risque d’escalade, en tout cas. Et, comme ils le signalent dans leur message, ce qu’a fait Byng pourra être considéré comme un acte de guerre. Puisqu’ils nous le disent clairement et que l’escalade ne les effraie pas, je ne vois aucune raison de supposer qu’ils ne soient pas disposés à voir cette affaire éclater dans la presse. »
Son expression était d’une intense gravité, remarqua Kolokoltsov. Cela dit, il pouvait fort bien se sentir un peu trop timide du flingue, en ce moment. En fait, Kolokoltsov tirait une satisfaction vindicative de voir MacArtney éprouver une certaine dose… d’anxiété. Selon lui, la Direction de la sécurité aux frontières aurait dû dépendre des Affaires étrangères, puisqu’elle passait l’essentiel de son temps à traiter avec des systèmes stellaires ne faisant pas encore officiellement partie de la Ligue. Le ministère des Affaires étrangères avait toutefois perdu cette bataille-là depuis longtemps, et la DSF faisait officiellement partie du ministère de l’Intérieur. C’était d’ailleurs assez logique – même si cela ne lui plaisait pas énormément – puisque, tout comme la Gendarmerie, qui dépendait du même ministère, la Sécurité aux frontières était dans les faits une agence de sécurité interne de la Ligue.
En ce moment précis, ce n’était d’ailleurs pas forcément une si mauvaise chose, de l’avis autorisé d’Innokentiy Kolokoltsov, étant donné le charivari provoqué par l’affaire de Monica. Ce qui, puisqu’on en était là, expliquait sans doute pourquoi Quartermain était encore plus chatouilleuse qu’à l’ordinaire au sujet de Manticore. Les révélations concernant Technodyne et sa collusion avec Mesa avaient causé bien du souci à plus d’un de ses collègues du Commerce. Le ministre de la Justice Brangwen Ronayne avait même dû mettre plusieurs personnes en examen, ce qui était toujours déplaisant. Après tout, on ne savait jamais si un de ces accusés ne s’avérerait pas entretenir des liens gênants avec soi-même ou un autre membre de son ministère. Les types de la Justice feraient ce qu’ils pourraient, mais Ronayne n’était pas le génie du siècle. Il existait une probabilité non négligeable pour qu’un détail lui échappe, ainsi qu’à Abruzzi, et atterrisse sur les réseaux de données publics, avec des conséquences potentiellement… désagréables, même pour un premier sous-secrétaire permanent.
Toutefois, ces périodiques tempêtes dans un verre d’eau rythmaient la vie de la Ligue. Elles continueraient de se produire de temps en temps. MacArtney et Quartermain allaient juste devoir faire le gros dos et continuer leur travail.
« Comme je le disais, fit-il en élevant à peine la voix pour reprendre la maîtrise de la conversation, qu’ils n’aient encore rien dit à la presse prouve de deux choses l’une. Soit, comme le dit Omosupe, ils évitent de souffler de l’hydrogène sur le feu parce que la situation risque de leur exploser à la tête, soit ils évitent de souffler de l’hydrogène sur le feu parce qu’ils désirent vraiment résoudre cette affaire avant même que le public n’en soit informé. D’ailleurs, ces deux possibilités ne sont même pas incompatibles, hein ?
— Pas pour l’instant, en tout cas, répondit MacArtney. Mais s’il y a un autre échange de feu, ou si Byng envoie chier cet amiral du Pic-d’Or, ça pourrait changer.
— Oh, je vous en prie, Nathan ! gronda Abruzzi. Vous savez qu’Omosupe et moi ne voyons pas toujours les choses du même œil mais il faut se montrer réaliste. Byng est un imbécile, d’accord ? Soyons honnêtes entre nous : quiconque tire sur des vaisseaux en orbite de garage qui n’ont même pas leurs bandes gravitiques levées est un malade mental. Quoique, j’en suis sûr, si notre excellent ami l’amiral Kingsford était là, il trouverait le moyen d’expliquer qu’il s’agissait d’une décision très raisonnable. De toute évidence, un de ses amis ou relations de la Flotte de guerre ne peut pas être en faute, n’est-ce pas ? »
Il leva les yeux au ciel. Malachai Abruzzi ne faisait pas partie des plus grands admirateurs de la Flotte.
« Mais, au contraire de Kingsford ou de Rajampet, nous ne sommes pas retenus par le besoin de justifier Byng, alors pourquoi ne pas reconnaître, juste entre nous, qu’il s’est affolé et a tué une bande de Manties qu’il n’était pas obligé de tuer. »
Il scruta un instant le visage de ses compagnons puis haussa les épaules.
« Bon, les Manties sont furieux, soit, ce n’est pas forcément déraisonnable de leur part. Aussi furieux qu’ils soient, cela dit, ils ne vont pas tirer sur une force d’intervention solarienne qui, comme vient de le faire remarquer Omosupe, est deux fois plus nombreuse qu’eux. Ce qu’ils vont faire, c’est bluffer. Ou, plus probablement, prendre des poses. Même s’ils sont prêts à exiger que Byng se rende et se soumette à des investigations variées, ils savent très bien qu’ils n’obtiendront rien de tel. En fait, ce qu’ils espèrent, c’est qu’il se contente de les envoyer aux fraises avant de quitter la Nouvelle-Toscane en les laissant prétendre qu’ils l’ont expulsé pour ses actes impulsifs.
— Et pour quelle raison feraient-ils ça, Malachai ? demanda MacArtney.
— Pour le donner en pâture à leurs populations. » Abruzzi haussa à nouveau les épaules. « Croyez-moi, je sais comment ça marche. Ils ont trois contre-torpilleurs détruits, ils sont en guerre depuis vingt ans et ils viennent de se faire botter le cul quand les Havriens ont attaqué leur système mère. Ils savent aussi bien que nous que, même si la bataille de Manticore ne leur avait pas valu la moindre perte, ils ne pourraient pas affronter la Flotte de la Ligue solarienne. Mais ils savent aussi que le moral de leurs troupes vient de prendre une balle dans la tête… et que la perte de trois contre-torpilleurs supplémentaires – surtout si cela paraît constituer un premier pas vers l’ajout de la Ligue à la liste de leurs ennemis – ne fera qu’aggraver le problème. Donc ils nous envoient ces exigences irréalistes à Chicago, et à Byng en Nouvelle-Toscane, afin de montrer à leurs journalistes qu’ils ont des couilles d’airain. Ensuite, quand notre amiral les aura ignorés et sera retourné en Meyers, ils prétendront que les grands méchants Solariens ont reculé. Ils expliqueront à leur public que la Ligue a filé sans demander son reste et que, par pure magnanimité, la reine Élisabeth fait preuve de modération et se contente d’une issue diplomatique. » Il haussa les épaules. « Ils se rendent sûrement compte que leur influence économique vaut qu’on leur offre des réparations – qu’on les achète avec de la petite monnaie pour avoir la paix – afin de continuer à faire passer notre commerce par leur réseau de trou de ver. Pour résumer, ça ne nous coûtera pas grand-chose de leur proposer de réparer, à condition de bien préciser qu’il s’agit d’une démarche volontaire de notre part et que nous leur dénions le droit de nous présenter quelque exigence que ce soit. Ils auront un arrangement à agiter sous le nez de leur public pour prouver de quelle résolution ils ont fait preuve, et ça nous évitera d’établir un précédent diplomatique ou militaire qui pourrait se retourner contre nous plus tard. »
Kolokoltsov fixait Abruzzi avec un froncement de sourcils pensif. Il était fort possible qu’il eût raison, se dit-il. Cette explication du but des Manties ne lui était pas venue spontanément mais, en toute logique, surtout à la lumière de la raclée que leur avaient censément infligée les Havriens à peine quatre mois plus tôt, ils ne pouvaient pas chercher une confrontation directe avec la FLS. Il aurait dû s’en rendre compte mais, au contraire d’Abruzzi, il n’avait pas l’habitude de réfléchir en termes d’opinion publique ou d’entretien d’un moral civil forcément au plus bas.
« Je ne suis pas convaincu, intervint MacArtney avec une moue entêtée. En Monica, ils n’ont pas vraiment évité l’incident.
— Peut-être, concéda Abruzzi. Mais c’était avant la bataille de Manticore. Et ce capitaine… comment s’appelle-t-il ? Terekhov ! C’est à l’évidence un fou du même tonneau que Byng. Qu’il ait entraîné les Manties dans ce qui aurait pu aboutir à une confrontation directe avec la Ligue ne veut pas dire qu’ils sont assez bêtes pour vouloir en arriver là. D’ailleurs, ils savent fatalement qu’ils viennent d’esquiver cette fléchette de pulseur-là. Ce qui va les rendre encore moins pressés de se remettre dans notre ligne de mire.
— Tout cela est passionnant, dit Quartermain, mais ça ne change pas le fait qu’il nous faut prendre une décision à propos de leur dépêche.
— En effet, acquiesça Kolokoltsov. Mais cela suggère que nous n’avons aucune raison de nous précipiter. D’ailleurs, nous en avons même peut-être de très bonnes de traiter cette question avec ordre et mesure. Et, bien sûr, de faire par la même occasion un petit effort pour éliminer toutes leurs prétentions de grandeur potentielles. »
Quartermain parut notablement plus joyeuse d’entendre cela. Il réprima le sourire que lui inspirait cette prévisibilité.
« En fait, continua-t-il, cela pourrait s’avérer utile. » Abruzzi et MacArtney paraissaient tous deux un peu interloqués. Cette fois, il s’autorisa un petit sourire. « Nos amis manticoriens se prennent un peu trop au sérieux, continua-t-il. Ils ont obtenu gain de cause quand ils ont exigé cet embargo technologique contre les Havriens. Ils ont obtenu d’augmenter leurs tarifs de passage du nœud pour financer leur satanée guerre. Ils viennent de partager la Confédération silésienne avec les Andermiens par le milieu, d’annexer l’ensemble du secteur du Talbot et d’annihiler la Flotte monicaine, sans oublier qu’ils ont fait passer la Ligue pour le méchant de l’histoire. Ils ont à coup sûr l’impression d’être dans une bonne passe, et je crois opportun de leur rappeler qu’ils sont un tout petit poisson dans une mare très profonde.
— Et que, nous, nous sommes le requin des profondeurs ? fit Quartermain avec un sourire déplaisant.
— Plus ou moins, dit Kolokoltsov. Il est déjà assez pénible que des accidents astrophysiques donnent à un petit royaume stellaire pisseux une telle puissance économique. Nous n’avons pas intérêt à ce qu’il s’imagine détenir aussi assez de puissance militaire pour faire parader sa flotte sous notre nez et s’attendre à ce qu’on satisfasse automatiquement les exigences qu’il pourra nous présenter la fois d’après.
— Vous ne croyez pas qu’il serait bon de s’entretenir avec Rajampet avant de décider d’envoyer les Manties se faire voir ? demanda doucement MacArtney.
— Oh, je pense qu’il serait très bon de s’entretenir avec Rajampet, acquiesça Kolokoltsov. Et je ne suggère pas qu’on les envoie se faire voir, même si j’admets que l’idée est assez sympathique. » Comme MacArtney l’interrogeait du regard, il enchaîna : « Tout ce que je suggère, c’est qu’on ne se presse pas de leur répondre. On peut même décider de leur donner un peu de ce qu’ils veulent à la fin, comme l’a suggéré Malachai. Mais je crois important de bien leur faire comprendre qui est le gros toutou. Nous réglerons cette affaire en fonction de notre emploi du temps, pas du leur. Et si ça ne leur plaît pas…»
Il laissa mourir sa voix et haussa les épaules.
« Ah, vous voilà, Innokentiy ! » Le sourire de Marcelito Roelas y Valiente était un peu plus retenu qu’à l’ordinaire, remarqua Kolokoltsov en pénétrant dans le bureau du ministre des Affaires étrangères.
« Désolé de ne pas vous avoir rappelé plus tôt, monsieur le ministre », dit-il gravement.
Il prit sans y être invité possession du fauteuil qu’avait occupé Carmichael le matin même. Roelas y Valiente se laissa aller sur son propre siège
« Comme je le prévoyais, monsieur, continua Kolokoltsov, il m’a fallu un peu de temps pour consulter mes collègues des autres ministères. Nous avions bien entendu besoin de réfléchir soigneusement à là question avant de nous sentir sûrs de pouvoir faire des recommandations utiles. En particulier du fait que cet incident a le potentiel de créer des précédents susceptibles de se révéler très regrettables.
— Bien sûr », acquiesça Roelas y Valiente avec un sourire sobre qui ne trompa pas plus le sous-secrétaire qu’il ne trompait le ministre lui-même.
Kolokoltsov aurait littéralement eu peine à se rappeler (il ne l’aurait pu qu’en consultant les archives) combien de ministres des Affaires étrangères s’étaient succédé depuis qu’il était en poste. Compte tenu du nombre de factions et de partis politiques au sein de l’Assemblée, il était très difficile à un politicien de se forger une majorité durable au niveau fédéral. Chacun sachant que le gouvernement ne détenait qu’un pouvoir apparent, il y avait fort peu de raisons de former des alliances politiques de longue durée. Ce n’était pas comme si la pérennité des dirigeants avait pu produire le moindre effet réel sur la politique de la Ligue. Pourtant, chacun désirait obtenir des fonctions au niveau fédéral. Statut n’était pas nécessairement synonyme de pouvoir, et un mandat de ministre de la Ligue était considéré comme une ligne précieuse sur son CV quand on regagnait son système d’origine pour être candidat à un poste procurant un pouvoir authentique.
Tout cela expliquait pourquoi la plupart des gouvernements duraient moins d’un an T avant que le Premier ministre ne soit remercié et remplacé par un autre – lequel devait bien sûr nommer de nouveaux ministres. Voilà pourquoi Kolokoltsov avait le plus grand mal à se rappeler les visages des hommes et femmes ayant officiellement dirigé ce ministère au fil des ans. Tous – y compris Roelas y Valiente – savaient qui décidait vraiment de la politique de la Ligue, et tous – y compris Roelas y Valiente – savaient pourquoi, connaissaient les règles du jeu. Mais Roelas y Valiente en était plus contrarié que la plupart des autres.
Ce qui ne signifie pas qu’il pense trouver un moyen de changer les règles, songea le sous-secrétaire avec une pointe de quasi-regret. Toutefois, ce n’était pas lui qui, des siècles plus tôt, avait rédigé une Constitution excluant tout gouvernement central fort. Ce n’était pas lui qui avait créé un système dans lequel les bureaucraties permanentes avaient dû endosser les rôles (et le pouvoir afférent) de concepteurs de politiques et preneurs de décisions afin que la Ligue solarienne ait une continuité administrative.
Mais on peut au moins lui donner une illusion d’autorité, se dit Kolokoltsov, compatissant. Tant qu’il est disposé à admettre qu’il ne s’agit que d’une illusion, en tout cas.
« Nous avons beaucoup réfléchi et nous sommes d’avis que l’heure est à la retenue et au calme. Ce que nous recommandons, monsieur le ministre, c’est…»